Leurs capacités sensorielles... y avez-vous déjà pensé?

 

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi votre chien entend des bruits que vous ne percevez pas? Pourquoi il sent des odeurs qui le rendent excité et sourd à vos demandes? Je me suis penchée sur la question et peut-être aurez-vous des réponses à vos interrogations!
D’abord, sachez que les animaux ont les mêmes sens que nous. Mais adaptés à leur nature, leur environnement et leurs besoins. Les organes des sens reçoivent un stimulus (lumière, ondes sonores…) et le transforment en influx nerveux. Cet influx est transmis au système nerveux central (par des connexions), puis le comportement s’exprime. Les animaux sont aptes à utiliser un ou plusieurs sens en même temps (visuel, auditif, olfactif et tactile) pour renforcer le message transmis à l’émetteur.

Chez le chien

Vision

Son champ de vision est de 250 degrés (humain : 180-190 degrés).  Le chien ne voit pas clairement les couleurs mais des nuances de gris. Il possède une capacité à discriminer des couleurs très différentes (ex: difficulté à repérer une balle bleue sur une pelouse verte). Votre ami canin distingue précisément les mouvements mais moins le contour des objets (peut voir bouger un animal à 800 ou 900 mètres). C’est un expert pour voir les micro-mouvements : ce qui lui permet de décoder le langage corporel et les émotions de l’humain. Le chien a une vision adaptée à la vie nocturne qui nécessite une lumière de faible intensité. Le tapetum lucidum (tapis choroïdien) qui fait briller ses yeux la nuit est absent chez l’humain. Votre compagnon ne distingue pas les objets à grande distance. À moins de 40 centimètres, sa vision n’est pas nette (presbyte). Avez-vous remarqué que parfois vous lancez une gâterie au sol et Fido ne semble pas la voir? Elle est probablement passée trop près de ses yeux!

Ouïe

Le chien entend à 58 000 Hz (perçoit les ultrasons=20-65 KHz). Il perçoit un son à 25 mètres que l’homme ne perçoit plus au-delà de 4 mètres! (L’humain perçoit des fréquences sonores jusqu’à 20 KHz). Ses pavillons externes grands et mobiles sont aptes à déterminer l’origine des sons, à les filtrer et à les amplifier au besoin. L’ouïe du chien est efficace dans l’obscurité et en présence d’obstacles. Les signaux acoustiques permettent la détection à distance des congénères et des proies ou prédateurs potentiels. Il émet beaucoup plus de sons que son ancêtre à l’état sauvage. On constate qu’il existe d’importantes différences entre les races et les lignées (certaines vocalisent plus que d’autres).

Odorat

Votre chien possède 80 à 300 millions de cellules olfactives (40 fois plus que l’humain). Son épithélium olfactif est plus grand que l’humain (150-170 cm2 contre 5 cm2 chez humain). L’acuité olfactive du chien varie selon les races : la surface de la muqueuse olfactive et le nombre de cellules réceptrices ne sont pas les mêmes (ex: 200 millions pour le berger allemand et 100 millions pour le bouledogue). La région du cerveau qui traite les odeurs est quatre fois plus étendue chez lui que chez l’homme. Le chien possède un sixième sens: l’organe de Jacobson ou organe voméro-nasal qui permet de détecter les phéromones. Elles jouent un rôle important dans l’identité, le territoire, l’état d’émotivité…

Fait intéressant, vous observerez que les chiens qui se connaissent se sentent les flancs et la région péri anale et sentent la truffe des chiens inconnus. Une autre preuve que le langage canin possède ses propres règles de politesse!
Le chien est un spécialiste en détection d’odeurs, il est entraîné pour le sauvetage en forêt, montagne, aquatique, détection de drogues, armes à feu, explosifs, fumée, cancers ou autres maladies, substances inflammables… Il détecte les odeurs de concentration 100 à 200 fois plus faibles que celles détectées par les humains. Son odorat constitue sa principale activité et source d’informations sur le monde qui l’entoure. Donc, pendant la promenade et à tout moment dans la journée, laissez-le renifler tout ce qu’il veut!

Système olfactif principal : muqueuse nasale qui tapisse la cavité nasale et les structures nerveuses auxquelles elle est connectée.
Système olfactif accessoire : perçoit les phéromones par l’organe voméro-nasal (tube situé entre la cavité nasale et le palais qui débouche près de l’incisive, tapissé de mucus et aspire les molécules). Son ouverture est activée par le réflexe de Flehmen (chien relève légèrement sa lèvre supérieure, en claquant des dents et en salivant légèrement).
Quand nous inspirons, l’air que nous sentons fait partie d’un même flux. Chez le chien, la présence d’une membrane à l’intérieur du museau permet de séparer l’air qui entre en deux : l’un envoyé dans les poumons et permet la respiration et l’autre sert à sentir. Les muscles de sa truffe se contractent pour diriger l’air vers le haut et l’envoyer majoritairement dans la zone sensorielle olfactive. En cours d’expiration, le flux d’air ressort sur les côtés des narines comme l’ont montré les travaux d’imagerie en résonnance magnétique menés par l’équipe de Gary Settles en 2009. Ce principe permet un meilleur traitement des odeurs.

Le chien flaire par une série d’inhalations et d’expirations rapides (environ 6 fois par seconde). Ce principe crée une turbulence interne qui augmente le transport des molécules odorantes jusqu’aux récepteurs situés dans la zone sensorielle olfactive. De plus, contrairement à nous, chaque narine fonctionne de manière indépendante. Ce qui fournit au chien une meilleure précision sur la provenance de certaines odeurs.
Les neurones du système olfactif se régénèrent et l’odorat échappe ainsi au vieillissement contrairement à la vue et l’ouïe qui se dégradent avec le temps.

À propos du chien et du chat

Les nouveaux nés sont aptes à percevoir les odeurs quelques heures après leur naissance, leur permettant ainsi de se reconnaître entre eux.
L’odorat macrosmatique du chat et du chien leur permet de repérer une molécule particulière dans un ensemble d’odeurs (ex : dans la sauce à spaghetti, ils peuvent repérer chacune des odeurs parmi tous les ingrédients : persil, champignon, tomate, cannelle, basilic… En général, nous ne sentons que la sauce à spaghetti!

Les vibrisses (sous contrôle volontaire) permettent d’obtenir les informations tactiles. Propres aux mammifères et très développées chez les espèces nocturnes. Elles sont concentrées sur la face, joues, paupières, lèvres et aussi sur les pattes avant au-dessus du coussinet supérieur. Elles servent à l’exploration détaillée de l’environnement (variations de température, vibrations, mouvements de l’air, endroits où se trouvent les objets, variations de pression atmosphérique). La peau et les coussinets plantaires possèdent aussi des récepteurs sensibles aux contacts et sont capables de capter les minimes vibrations du sol.

Leur sens gustatif est semblable à l’humain. Ils peuvent identifier des substances salées, amères, acides et sûres, probablement aussi des substances sucrées. Leur préférence alimentaire repose sur le goût, mais aussi sur l’odeur, la forme et la texture des aliments. Chez le chat, c’est davantage le goût et la texture qui sont sollicités! D’où son comportement souvent sélectif face à la nourriture!

Chez le chat

Son sens le plus développé est l’audition. Les chats qui vivent parmi des humains vocalisent généralement plus que les autres. Et sachez que votre félin peut entendre une souris marcher dans le gazon à 10 mètres de lui!
Ses vocalisations sont surtout destinées à la communication sociale. Exprimées à répétition, elles sont plus efficaces ce qui aurait amené à augmenter leur fréquence. Le chat perçoit les ultrasons (peut entendre à 100 000 hertz) comme celles émises par les chauves-souris qui se déplacent la nuit.

Son champ visuel de 90-130 degrés. La vision du félin est plus adaptée à la vie nocturne et nécessite aussi une lumière de faible intensité. Il possède le tapetum lucidum (tapis choroïdien) qui fait briller les yeux des chiens et chats la nuit. En augmentant la stimulation des cellules sensibles de la rétine, cela permet au chat de bien voir les objets quand la lumière est faible. Votre compagnon félin est myope. Il distingue mal ce qui se trouve à une distance de plus de 8 mètres de lui. Il est aussi presbyte amenant une difficulté à évaluer de très courtes distances. De plus, ils voient floue juste sous leur nez (ex : mettre la patte dans l’eau pour boire, ça crée des vagues pour mieux évaluer la distance de l’eau).

Certaines odeurs déclenchent l’enthousiasme des chats : eau de Javel (danger) et cataire (herbe à chat). Par contre, le parfum des oignons, des agrumes et du vinaigre leur est intolérable.

Comment le chien perçoit le temps et autres capacités…

Le chien réagit trois dixième de secondes plus rapidement que l’humain. C’est la raison pour laquelle son humain doit toujours prévoir ses réactions et… ne pas le laisser seul en présence d’enfants! De plus, il a une capacité d’apprentissage de 300 à 1000 mots. Il peut donc apprendre une nouvelle commande chaque semaine!

Il vit ici et maintenant. Le chien est incapable de préméditer, de se venger, vouloir avoir le dernier mot… Il s’agit d’une interprétation erronée de notre part! Nos compagnons canins vivent dans l’instant présent et chacun de leur comportement a une raison d’être. Ils ne dépensent de l’énergie que pour ce qui leur rapporte quelque chose. Ils font plutôt des associations d’images selon les situations qu’ils vivent avec les objets, animaux, odeurs, individus… présents et les émotions exprimées à ce moment.

Nos foyers sont pour nos animaux des milieux de vie où il y a communication et coopération entre les membres… pas de hiérarchie. Ils ont besoin qu’on les comprenne et qu’on les guide dans le rythme de vie qu’on leur impose. À partir du moment où on respecte leurs limites et qu’on les accepte tels qu’ils sont, tout le monde est gagnant et  très peu de comportements indésirables sont exprimés. Évidemment, ils ont aussi besoin de connaître nos limites enseignées de façon claire et positive. Pour vous aider, contactez un éducateur canin compétent. J’espère vous avoir éclairé sur certains de leurs comportements que vous auriez pu observer au quotidien.

En bref, votre chien ou votre chat ne peuvent que vous surprendre par leur capacités autant individuelles qu’exceptionnelles!

 

Rédigé par Gabrielle Charland
Intervenante en comportement canin et félin

Source :
• Cloutier, Danielle, (collab. Joël Dehasse, Diane Frank, Jean Lessard), (2008) Comportement du chien et du chat, Publié par CCDMD
•  Filion, Daniel,(2014) Mon chat chez le psy (tome 2), Éd.Transcontinental
• Paul, Anne-Lise, (2017)Formation continue AZCA, »comportement, psychologie, langage et communication du chien domestique ».

Crédit photo: Jamie Street